(Actualisé avec différentes déclarations)
Emmanuel Macron a rejeté la proposition de démission présentée par le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, à la suite des violences et des pillages dans nombre de villes en marge de manifestations samedi où se mêlaient revendications des lycéens et mécontentement face à la cherté du coût de la vie.
De son côté, le Premier ministre Sébastien Lecornu a réuni à Matignon une cellule interministérielle de crise pour faire le point sur la situation - et notamment sur la déficience du renseignement pointée du doigt par le ministre de la Justice Gérald Darmanin, lui-même ancien locataire de la place Beauvau.
Le chef du gouvernement doit prendre la parole à l'issue de cette réunion.
Le ministère de l'Intérieur a dénombré 550.000 manifestants dans tout le pays samedi, dont 110.000 à Paris, la CGT faisant état pour sa part de 800.000 personnes dans les cortèges, qui se sont dans l'ensemble déroulés sans incident.
S'exprimant sur France 2, Gérald Darmanin a estimé que les autorités avaient "failli incontestablement" à contenir les violences au cours du week-end, ajoutant qu'il y avait eu "un défaut dans le renseignement", ce qui empêche de lutter de bonne manière contre ce qu'il qualifie "d'ultragauche".
Reconnaissant une "asymétrie" entre le dispositif policier et la violence de certains manifestants, Laurent Nuñez a dit plus tôt sur France Inter avoir présenté sa démission à Emmanuel Macron en s'estimant "responsable de tout ce qui se passe".
En réaction aux événements du week-end, les rendements obligataires de la France grimpent lundi dans la matinée, celui de l'OAT à dix ans FR10YT=RR progressant de 7,2 points de base pour s'établir à 4,8529%, alors que son équivalent allemand de même échéance, n'affiche qu'une légère hausse.
Les craintes d'instabilité politique viennent en effet s'ajouter à une situation financière déjà tendue, alors que l'Assemblée nationale débat actuellement d'un projet de budget pour 2027 dont l'avenir est incertain.
LA SITUATION N'EST PAS "HORS DE CONTRÔLE"
Selon Laurent Nuñez, qui a été chargé par le chef de l'Etat de mettre en place dès que possible de nouvelles mesures pour faire face aux pillages, "la situation n'est pas hors de contrôle", ajoutant qu'un recours à l'état d'urgence n'était pas nécessaire.
Lors de son allocution à l'Elysée dimanche, Emmanuel Macron a demandé au gouvernement de tirer "toutes les leçons en termes de renseignement et d'anticipation et faire en sorte que cela ne puisse pas se reproduire".
Les maires de Paris, Lyon et Marseille et une partie de l'opposition ont critiqué la gestion du maintien de l'ordre par l'exécutif.
A l'instar de Gérald Darmanin et de Laurent Nuñez, le président de la République a dénoncé la responsabilité de "l'ultra-gauche" dans les violences du week-end.
"Des factieux issus de groupuscules d'ultra-gauche rejoints par de nombreux délinquants se sont livrés à une violence débridée dans nos villes", a dit Emmanuel Macron, tout en appelant également à faire une distinction entre les "casseurs" et les manifestants aux "revendications légitimes".
La procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, a déclaré sur TF1 que 557 placements en garde à vue, dont 433 concernant des personnes majeures, ont été effectués, après la journée de samedi. Elle a ajouté ne pas pouvoir confirmer qu'il s'agit de membres du courant de l'ultra gauche.
Le maire socialiste de Paris Emmanuel Grégoire a estimé pour sa part que la volonté du gouvernement de vouloir associer La France insoumise (LFI) dans les violences qui ont émaillé les revendications de lycéens depuis près d'un mois était une "insulte" à ce mouvement (des lycéens).
"Le maintien de l'ordre, c'est l'Etat. C’est l'Etat qui a été mis en faute, c'est l’Etat qui a été défaillant", a-t-il poursuivi.
Emmanuel Grégoire ainsi que Benoit Payan (divers gauche) et Grégory Doucet (Les Ecologistes), respectivement maires de Marseille et de Lyon ont demandé à être reçus par Sébastien Lecornu à la suite des dégâts dans leurs villes.
A Marseille, où Laurent Nuñez doit se rendre dans la journée, la préfecture de police des Bouches-du-Rhône a interdit tout "rassemblement et manifestation sur l'ensemble de la commune de 12h à 20h".
(Sudip Kar-Gupta, Zhifan Liu; avec la contribution de Marc Leras à Marseille, rédigé par Claude Chendjou et Benoit Van Overstraeten)

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